A TOUT PRIX

Noir.
Inquiétant, silencieux. Complet.

Tremblant, mon corps se lève. Le sol a l’air dur et froid. Comme du carrelage. Je me retrouve seul au milieu de nulle part. Mon crâne est une enclume. Ai-je été enlevé ? Je me revois nettoyer ma piscine. Ensuite, j’ai dû m’écrouler. Une personne en a sûrement profité me donner un coup sur la tête. C’est étrange, personne n’était au courant de mon emménagement. J’habitais dans cette villa depuis seulement quatre jours. Seul mon éditeur savait la nouvelle.
Au terme d’une longue hésitation, je finis par crier :
— Il y a quelqu’un ?
Silence de mort.
— Oui, me répond-on froidement.
Mon cœur fait un bond.
Je déglutis.
— Qui êtes-vous ? me demande la voix.
— Je ne sais pas comment je me suis retrouvé ici. Pouvez-vous m’aider ?
— Ma question d’abord.
— Pardon. Je m’appelle Marc. Je suis écrivain. Et vous ?
Un reniflement, pour seule réponse. Rien d’autre.
— Où sommes-nous ?
— Aucune idée. J’suis ici depuis un moment.
— Et moi ?
— Vous venez d’arriver. Marc.
— Qu’en savez-vous ?
Il se met à glousser, à tousser.
Cet homme est le plus prolixe que je connaisse.
— Levez la tête.
Je m’exécute.
Un compteur digital rouge, collé au plafond.
Bordel, c’est quoi ce délire ?
— Trois heures, huit minutes…
— Ouais.
— Cette pièce est aussi noire comme de l’encre. Il doit bien y avoir un interrupteur.
— Il n’y a rien, j’ai vérifié.
— Vous n’avez pas un briquet ? Putain, je flippe. Nous devons allumer la lumière !
Et en moins qu’il ne faut pour l’écrire, la pièce s’est éclairée d’une lumière rouge flamboyante. Je peux alors mettre un visage sur cet inconnu : cheveux gris en bataille, yeux creux, deux cicatrices très nettes sur le menton et le cou.
Je jette un coup d’œil aux alentours. Un huis-clos, tout ce qu’il y a de plus hermétique.  Même pas vingt mètres carrés.
Bonjour l’ambiance.
— On dirait une reconnaissance vocale.
— Au moins, nous y voyons plus clair.
— Avec cette couleur ? Ce n’est pas un peu glauque ?
— Je préfère ça que le noir complet. Vous devriez me remercier.
L’autre me rit au nez.
— Marc l’écrivain est prétentieux ?
— Grâce à moi, on a une pièce du puzzle.
— Nous sommes faits comme des rats. Déjà condamnés.
J’ai la tête qui tourne, j’étouffe.
Et puis la couleur de ces murs. J’ai envie de vomir.
Je continue mes pas, enfonce les mains dans les poches arrière de mon pantalon. Dans la poche de gauche, je sens quelque chose de froid. Je prends l’objet mystérieux, le glisse sous mes yeux. Horreur. Un pic à glace. Comment est-il arrivé là ?
Je recule d’un pas. Un petit bout de papier est tombé avec. Deux mots.

Fais-le.

— Hé ! C’est quoi ça ?
— Je n’en sais rien… répondis-je d’une voix étranglée.
— Mon cul ! Tu veux m’assassiner !
— Je ne suis pas un assassin. On a mis ce pic à glace dans ma poche avant de m’enfermer ici. On nous tend un piège, c’est certain. Il faut que nous fassions équipe pour s’en sortir !
— Tu crois que je vais avaler un truc pareil ? lance-t-il en me pointant du doigt. Je vais te rendre la monnaie de ta pièce, face de gland.
Mon adversaire se précipite sur moi, me colle un coup de poing dans l’estomac et s’empare de l’arme comme un animal sauvage. Me transperce.
L’abdomen. Trois fois.
Le sang ruisselle. Visage contre terre, je m’effondre.
A peine une minute ayant suivi son geste, un mur de la pièce s’est écroulé, laissant apparaître les cris et les applaudissements déchaînés d’une foule en délire. Un homme d’origine asiatique en costard s’est avancé vers mon assassin.
— C’est incroyable ! Une grande première ! Toutes mes félicitations, vous venez de remporter la somme d’un million de dollars. Vous êtes le vainqueur de notre nouveau jeu télévisé : « A tout prix »


grasp

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