Dix fées rances, le paradoxe

          Ne pas choisir qui on est.
          Qui on naît.

          Ne pas avoir à choisir si à bientôt vingt-sept ans, on est capable de réciter un livre par cœur sur le bout des doigts à la virgule près. Capable de marcher pour marcher, marcher sans but, une journée entière, sans donner signe de vie. Apte à embrasser le monde à bras entiers et à aimer les visages, les gens, la foule. Se souvenir de façon claire et précise de son premier cauchemar à l’état de poupon. Se sentir incapable de faire ses lacets parce que tu es gaucher et être toujours incapable de le faire même aujourd’hui – à l’âge adulte. Jouer à la personne forte, souriante, toujours dynamique, solaire, alors qu’au fond de toi tu n’es qu’un puits d’épines et de doutes sans fond. Sans fin. Refuser de téléphoner afin de prendre un rendez-vous avec ta coiffeuse parce que tu stresses comme pas permis. Être à l’aise lors d’une soirée-karaoké devant plusieurs centaines de personnes et récolter les applaudissements à la fin de ta prestation. Ne pas accepter l’idée de grandir. Se tuer à la tâche et user des pages pour devenir l’écrivain que tu es depuis ton entrée en CM1. Vêtir ta casquette de mélomane invétéré et faire le plein de décibels, de sons dans tes veines, pour qu’à la minute suivante, tu balances ton casque hurleur contre un mur – savourer le silence platonique.

          Ne pas supporter la chaleur et aimer la mer. Être comme un fou au milieu de la neige et ne pas supporter vivre sans chauffage. Faire une dépression, souffrir de bipolarité, daigner suivre un traitement de peur de finir comme ton meilleur ennemi. Accepter son homosexualité et pourtant cultiver ta réticence face à certains homosexuels. Tenir un blog, tenir un crachoir au kilomètre mais être totalement incapable de lui dire Je t’aime. Essayer de se comprendre puis se perdre en trouvant les réponses. Souffrir de troubles de l’attention, être spontané, imprévisible, et planifier de manière impérative les prochaines lectures pour les quatre mois à venir. Parler aux morts et bouder la compagnie des vivants. Préférer les questions et les mines de savoirs inutiles que de penser à faire mes courses le lendemain car le frigo est aussi vide que le Grand Canyon. Être incapable de résoudre une division, de faire la vaisselle, de se raser. Raconter des mensonges pour sauver une vie à défaut de se sauver soi-même. Contempler enchanté la moisissure d’une nourriture qui traîne et la manger illico car la curiosité est un trait de caractère fascinant. Assumer d’être un lâche dans la vraie vie et avoir le courage d’écrire tout ça – point final.


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